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Allié du président Pervez Musharraf, le MQM (Muttahida Qaumi Mouvement, parti des réfugiés venus d'Inde lors de la partition du sous-continent en 1947), avait visiblement décidé, avec l'appui des autorités, d'empêcher le renouvellement à Karachi des manifestations de soutien dont avait bénéficié, le samedi précédent, le président suspendu de la Cour suprême, Iftikhar Mohammed Chaudhry, à Lahore. Arrivé samedi à Karachi pour s'adresser aux avocats du Sind, celui-ci n'a pu quitter l'aéroport, les rues menant au centre-ville étant barrées par des camions et voitures mis là par des partisans du gouvernement.
"AVEZ-VOUS UNE RÉPONSE?"
Les violences de Karachi ont obscurci ce qui devait être, à Islamabad, un grand meeting de soutien au président Musharraf. C'est devant une foule distraite d'environ 50 000 personnes – alors que 500 000 personnes étaient attendues– amenée par des milliers de véhicules payés par le parti du président, la Ligue musulmane (PML-Q), que le président Musharraf s'est contenté de dire que "si vous êtes troublés par ce qui est arrivé à Karachi, arrêtez les protestations". Le général, qui s'exprimait d'un pupitre protégé par une vitre pare-balles, a exclu l'instauration de l'état d'urgence, précisant : "les citoyens du Pakistan sont avec moi".
Affirmant que le cas du juge Chaudhry, suspendu par le gouvernement pour "inconduite et abus d'autorité", était examiné par le Conseil supérieur judiciaire, le président a fustigé "les éléments qui essaient de créer des troubles en politisant" l'affaire, dans une claire allusion aux partis d'opposition.
La poursuite depuis deux mois des manifestations en faveur du juge Chaudhry, devenu le symbole de l'opposition au régime militaire, et désormais la violence qui a sévi à Karachi, affaiblissent le président, qui pourrait avoir du mal à maintenir son objectif d'une réélection par les Assemblées fédérales et provinciales tout en gardant son poste de chef de l'armée.
La manifestation de force faite par le MQM à Karachi prend aussi une dangereuse tournure ethnique. Des renforts ont été envoyés à Karachi, où les forces de sécurité ont reçu l'ordre de tirer à vue sur les émeutiers. Les violences font craindre l'éclatement de la fragile paix civile qui régnait dans cette mégapole de 15 millions d'habitants, véritable chaudron ethnique, et ont rouvert les vieilles blessures entre mohajirs (réfugiés) et pachtounes, qui semblent avoir été les principales victimes des heurts.
"Où allons nous? Avez-vous une quelconque réponse, monsieur le président?", s'interroge un commentateur du quotidien The News, faisant écho à l'inquiétude qui s'est emparé du Pakistan.
L'aggravation de la situation restreint les options du général Musharraf, qui tentait de nouer un accord avec l'ex-premier ministre Benazir Bhutto en vue des élections législatives prévues début 2008. La vraie question est toutefois de savoir jusqu'à quand ses pairs, les généraux, le soutiendront.
9 mars : mise à pied pour "inconduite et abus d'autorité" d'Iftikhar Mohammed Chaudhry, président de la Cour suprême; un autre juge prête serment et M. Chaudhry est gardé en quasi-résidence surveillée dans sa maison, à Islamabad, coupée du monde extérieur.
Les avocats réagissent et décrètent une grève générale qui se poursuit pendant plusieurs jours à travers le pays. Les manifestations de soutien au juge débutent et ne feront que s'amplifier avec bientôt la participation des partis d'opposition.
5 mai : le juge Chaudhry, devenu le symbole de la résistance au régime militaire reçoit, d'Islamabad à Lahore, l'hommage de milliers de Pakistanais venus le saluer aux différentes étapes des 400 km qui séparent les deux villes. "Les nations qui n'apprennent pas les leçons de l'histoire et répètent leurs fautes en paient les conséquences", déclare le juge.
7 mai : revers pour le gouvernement, la Cour suprême suspend les auditions de son ex-président devant le Conseil judiciaire suprême (CJS). Chaque audition du juge donnait lieu à des manifestations de protestations.
12 mai : violentes émeutes à Karachi entre partisans et adversaires du général Musharraf à propos de M. Chaudhry, faisant 41 morts et 150 blessés.
Un haut fonctionnaire de la Cour suprême du Pakistan a été tué, lundi matin à Islamabad. Syed Hamid Raza, greffier général adjoint de la Cour suprême, a été assassiné par balles par des hommes armés qui ont fait irruption en début de matinée à son domicile. La police s'est refusé à apporter des détails sur l'agression contre le fonctionnaire et a seulement indiqué qu'elle s'efforçait d'en déterminer le mobile.
Le fonctionnaire a été tué alors que la Cour suprême s'apprêtait à entamer son examen de la mise à pied controversée de son président, le juge Iftikhar Mohammad Chaudhry, le 9 mars, par le président pakistanais Pervez Musharraf. – (avec AFP)